Comment est née Alice Chassepierre ?
Il m’aura fallu des mois pour trouver Alice Chassepierre.
Des mois à chercher une intrigue, des personnages, une atmosphère. J’avais envie d’écrire un roman policier, mais quelque chose résistait. J’avais des envies, quelques idées, mais rien qui formait vraiment une histoire.
Et puis, il aura suffi d’un week-end au Touquet. En quelques jours, tout s’est mis en place. Les personnages, l’intrigue, le squelette de l’histoire… Tout ce que je cherchais depuis des mois est soudain devenu évident. Meurtre au Touquet venait de naître.
Et avec lui, une commissaire qui allait prendre beaucoup plus de place que prévu : Alice Chassepierre.

Un nom qui ne doit rien au hasard
Le nom de Chassepierre existait avant Alice. Je l’ai emprunté à un ami — avec une orthographe légèrement différente — et le hasard voulait que, dans sa famille, presque tout le monde travaille pour la police. Autant dire qu’au moment de chercher un nom pour ma commissaire, celui-là avait déjà un sérieux avantage.
Je trouvais aussi qu’il lui allait bien. Alice Chassepierre. Un nom assez fort, qui correspondait exactement au type de femme que j’avais envie de créer.
Je voulais une femme qui impose le respect
Dès le départ, je ne voulais pas d’une commissaire effacée. Alice devait être une femme forte, sûre d’elle, capable d’entrer quelque part et de faire comprendre sans grands discours qu’elle était aux commandes.
Son caractère m’a notamment été inspiré par un personnage de la série How to Get Away with Murder, qui m’avait profondément marquée. Ce qui m’intéressait n’était pas de reproduire ce personnage, mais de retrouver cette présence, cette force et cette autorité.
Dans le roman, c’est exactement ainsi qu’Alice apparaît : cheveux noirs courts, regard froid, attitude décidée. Sa présence inspire aussi bien le respect que la crainte, et sa voix assurée suffit généralement à calmer les esprits. C’était la base du personnage.
Ensuite, évidemment, Alice a fait ce que font souvent les personnages : elle a commencé à m’échapper un peu.
Il lui fallait Pauline Rossignol
Une Alice Chassepierre seule aurait probablement été beaucoup moins drôle. Il lui fallait son exact opposé. C’est là qu’est née Pauline Rossignol.
Pauline est beaucoup plus spontanée, enjouée, bavarde et enthousiaste. Là où Alice impose naturellement une distance, Pauline aurait plutôt tendance à la supprimer en cinq minutes. Et surtout, Pauline est immédiatement fascinée par elle.
Après avoir vu Alice intervenir en tant que commissaire, elle décide qu’elle voudrait la suivre et se demande même si cette femme impressionnante accepterait de devenir sa muse.
Évidemment, Alice n’a absolument pas demandé à devenir la muse de qui que ce soit. Et c’est précisément là que les ennuis commencent.
Alice et Pauline : l’art de ne pas fonctionner ensemble
J’aimais l’idée de mettre face à face deux femmes qui, sur le papier, n’avaient aucune raison de bien s’entendre.
Pauline veut rapidement appeler la commissaire par son prénom, lui propose même de l’appeler « Pau », lui explique que certains l’appellent « Paupau »… pendant qu’Alice s’accroche désespérément à son très officiel « Commissaire Chassepierre ». Autant dire que la patience d’Alice est régulièrement mise à rude épreuve.
Mais ce qui m’intéressait, c’était de ne pas rester dans une opposition caricaturale entre « la commissaire froide » et « la blonde joyeuse ». Peu à peu, Alice comprend que Pauline possède justement certaines qualités qu’elle n’a pas.
Alice préfère aller droit au but, imposer son autorité et ne pas perdre de temps. Pauline, elle, sait obtenir certaines choses grâce à sa douceur. Et, même si cela lui coûte de l’admettre, Alice finit par reconnaître que cette différence peut être utile à l’enquête.
C’est cette complémentarité qui m’intéresse le plus chez elles. Elles s’agacent, elles ne réagissent pas de la même manière, elles n’ont pas la même vision des choses… mais chacune apporte à l’autre ce qui lui manque.
Une commissaire qui devait être forte… mais pas parfaite
Je voulais qu’Alice inspire le respect. Je ne voulais pas pour autant en faire un personnage irréprochable. Elle aime contrôler les choses. Elle peut être autoritaire, cassante, impatiente et particulièrement peu diplomate. Son propre mari lui reproche d’ailleurs son côté dominateur et son besoin de garder la maîtrise de la situation. Et c’est justement ce qui me plaît chez elle.
Je préfère les personnages avec des défauts, ceux capables d’agacer autant que de séduire. Alice est forte, mais elle n’est pas invulnérable. Derrière la commissaire qui impressionne tout le monde se trouve aussi une femme avec sa vie privée, ses fragilités et ses contradictions.
Cela me permet surtout de faire évoluer le personnage sans perdre ce qui fait son identité.
Et dire que tout est parti d’un week-end…
C’est sans doute ce que je trouve le plus amusant avec le recul. Pendant des mois, j’ai cherché cette histoire. Puis je suis partie au Touquet et, en l’espace d’un week-end, j’ai imaginé l’intrigue, les personnages et la structure de ce qui allait devenir Commissaire Chassepierre : Meurtre au Touquet.
Le décor est d’ailleurs devenu presque un personnage à part entière : l’hôtel de luxe face à la mer, sa piscine, ses clients fortunés, ses employés et cette petite société parfaite pour cacher quelques secrets. Dans le roman, c’est là que Pauline finit elle aussi par comprendre que l’endroit constitue une incroyable source d’inspiration.
Finalement, Alice Chassepierre aura mis des mois à venir frapper à ma porte.
Mais une fois arrivée au Touquet, elle ne m’aura laissé qu’un week-end pour lui inventer une vie, une acolyte… et, évidemment, un meurtre à résoudre.


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