Du prologue au Chapitre 9 de " La mort a le blues"

Mis à jour : mars 17

Connaissez-vous le Nanowrimo, ce challenge fou d'écrire 50.000 mots en un mois ? Le NaNoWriMo est l'abréviation de "National Novel Writing Month" et qui signifie le mois national d'écriture de roman. Il s'agit d'un challenge d'écriture qui est organisé au mois de novembre depuis 1999.




Il n'y a rien à gagner sauf la satisfaction d'avoir écrit 50.000 mots en un mois, ce qui représente un sacré défi. Bien entendu, il ne s'agira que d'un premier jet car le rythme de 1.666 mots par jour ne permet pas de se relire, se corriger, etc.


Aujourd'hui, je vous en parle car je me suis inscrite et ce, pour la première fois. J'ai décidé de participer avec le Tome 2 de Commissaire Chassepierre : la mort a le blues. Vous pourrez lire l'avancée du premier jet et donner votre avis en commentaire. Ceux qui participeront et qui le souhaiteront pourront figurer dans les remerciements du livre. Plutôt sympa, n'est-ce pas ?



Synopsis


Alice Chassepierre est retrogradée au statut d'inspecteur suite à ses frasques au Touquet. Le coup de grâce de trop après son divorce qui la fait sombrer dans la dépression.

Affectée à une nouvelle unité, qui est loin de rassembler l'élite de la police et pour cause, elle collabore avec d'anciens détenus en réinsertion.

Elle se retrouve sur une enquête délicate, le meurtre d'un commissaire-priseur retrouvé derrière un bar gay, avec Jeannette Jacquet, arnaqueuse et enquiquineuse de première.

Comment une femme armée qui à tout perdu va se contenir pour ne pas assassiner elle-même cette déjantée de Jeannette ? Et qu'est-il arrivé au commissaire-priseur bien sous tout rapport ?


Prologue

Bavure de la police belge au Touquet

A l’origine de cette affaire, le meurtre d’une richissime cliente de l’hôtel de la plage, un établissement haut de gamme du Touquet.

Une commissaire belge en vacances sur les lieux du crime a mené l’enquête conjointement avec la police française. Malheureusement, la policière belge a mené les interrogatoires avec une civile, belge également, qui après enquête se révèle être à l’origine d’une double tentative de meurtre ayant mené au meurtre.

— Bla-bla-bla… Ah ! reprend le commissaire divisionnaire, la civile a été inculpée et est incarcérée en Belgique. Il s’agirait de la fille d’un juge. On est en droit de se demander si cette commissaire a ce qu’il faut pour faire son métier et quelles seront les sanctions prises à son encontre. Une chose est sûre, on compte bien vous en dire plus prochainement.

Il jette le journal sur son bureau et regarde Alice Chassepierre droit dans les yeux.

— Tu te rends bien compte que tu as sacrément déconné. Tu es mise à pied jusqu’à nouvel ordre et durant toute la durée de l’enquête interne.



Trois mois plus tard



Chapitre 1

Face au notaire, Alice et son futur ex-mari sont assis comme deux adolescents dans le bureau du proviseur. Ils ne peuvent plus se voir en peinture et sont persuadés que c’est la faute de l’autre. Même si techniquement, l’histoire au Touquet y est pour beaucoup.

— Comme vous le savez, nous devons voir plusieurs points ensemble, mais votre contrat de mariage règle plusieurs points essentiels. Nous sommes d’accord que nous restons sur un divorce par consentement mutuel, n’est-ce pas ?

— Pour ma part, oui ! dit Alice.

Georges Van Dovlaeghe acquiesce également. Le notaire se réjouit de passer au vif du sujet, un divorce facile est si rare de nos jours.

— Maitre, ajoute Georges, si vous le permettez, je souhaiterais mettre en avant avoir laissé le domicile conjugal à ma femme ces derniers mois…

— Oh je t’en prie ! rétorque Alice. Tu es sérieusement en train de dire avoir abandonné le domicile conjugal ? Ne commence pas comme cela !

— Je pense qu’il est opportun de le signaler.

— Tu es ridicule. Où veux-tu en venir ?

— Nulle part.

Alice lève les yeux au plafond. Elle sait très bien ce qu’il est en train de faire. Au cas où le divorce se passerait mal, il se couvre en actant le fait qu’il lui a laissé la maison pendant plusieurs mois.

— Oh que si ! Vas-y, dis le fond de ta pensée !

Le notaire intervient. Finalement, ce divorce par consentement ne va pas être évident. Il tente d’apaiser les tensions en procédant à la lecture de l’inventaire des biens mais les deux époux continuent de s’étriper à tout bout de champ.

— Calmons-nous ! Etes-vous tombés d’accord sur la garde de votre fille ?

L’évocation de Tahina les ramènent à la réalité.

— Garde partagée, non ? dit Alice en attendant que Georges confirme.

— Oui.



Chapitre 2

Face à son miroir, Jiji fixe une dernière fois son bandeau en laine turquoise dans ses bouclettes rousses virant à l’orange. À dire vrai, elle n’en a pas conscience, mais elle est plus proche d’un caniche mal toiletté que de la belle Bree Van De Kamp[1]. Elle se remet du fard à paupières bleu censé contrasté avec ses yeux bleus.

Du haut de ses trente ans, Jiji a toujours eu un certain mauvais goût. Elle n’a jamais eu quelqu’un pour se soucier assez d’elle que pour la conseiller. Tantôt moquée, tantôt transparente. Elle a grandi à l’orphelinat, qu’elle n’a quitté qu’à sa majorité. Difficile de se construire lorsque vos parents vous abandonnent à la naissance sans même une lettre d’explication. Au début, elle a espéré plaire à une famille, mais plus les années passaient, plus sa désillusion grandissait.

Elle cherche ses clés sur la table de la salle à manger, il y règne un désordre fou avec des cartes bancaires et cartes vierges par dizaine. Ce bazar s’étend à tout son bungalow. Il y a des objets encore emballés empilés les uns sur les autres. Acheteuse compulsive, il y a une paire de skis même si elle n’est jamais allée à la montagne. Tous les robots de cuisine possibles et inimaginables même si elle se fait livrer à manger, chaque jour. Elle a même un zodiac[2] dans son garage. Bizarrement, la seule chose qu’elle n’achète jamais, ce sont les produits de régime. C’est un principe.

Elle claque la porte derrière elle et monte dans sa Fiat 500 flambant neuve. Elle a cette odeur si particulière qui met de bonne humeur.

Arrivée au bout d’un chemin en pavé dans le bois de la Cambre[3], Jiji se gare.

— Bon sang ! Pourquoi font-ils des voitures si petites ? gémit-elle en s’extirpant comme elle peut de sa voiture garée en pente.

L’obésité de Jiji lui donne envie d’une nouvelle voiture. Cela tombe bien, elle est sur un gros coup. Jusqu’ici, elle avait toujours travaillé seule, mais lorsque cette opportunité s’est offerte à elle, Jiji n’a pas hésité.

Marchant vers le ponton du Chalet Robinson[4], elle se perd dans ses pensées. Sa solitude n’a jamais été un fardeau. Elle a toujours aimé s’inventer des vies, des identités et avec une bonne carte de banque, les amis sont nombreux comme lors de cette soirée où elle est arrivée dans un bar bondé. Seule, elle s’est approchée du barman pour commander. Elle aperçut deux mecs boire des shots de Tequila. Elle en commanda dix et prétexta avoir eu une annulation de dernière minute de ses amis. Son petit procédé était bien rodé. Très vite les choses ont dégénéré. Elle offrait des tournées générales et les gens scandaient son nom.

— Quand je dis « qui c’est ? », vous dites « Jiji », OK ? Qui C’est ? hurlait-elle.

— Jiji ! répondait la foule alcoolisée et en délire.

Une soirée mémorable, se dit-elle. Ce qui lui arrache un sourire. Avec une addition de plus de deux mille euros, elle pouvait bien être mémorable. Le barman tentait de la ramener à la raison à coup de « calmez-vous, ce ne sont pas vos amis ! », mais Jiji n’avait pas envie d’entendre cela. L’espace d’une soirée, elle se sentait spéciale comme lorsqu’elle s’achète toutes ces choses absolument inutiles. C’est à ce moment précis qu’elle a commis sa première erreur. Éméchée, osons les mots, bien déchirée, elle en a trop dit. Il se trouve que finalement, tout le monde a un prix ou du moins, le sien n’était pas très élevé et, atout non négligeable, il travaille en semaine au Chalet Robinson comme barman. Une place particulièrement intéressante puisqu’il encaisse les additions. Le seul hic est sa cupidité. Jiji a du mal à le ramener à la réalité, il ne veut plus s’arrêter, mais cela fait trop longtemps que cela dure. Ils doivent absolument stopper leur escroquerie, aujourd’hui.

Elle embarque sur le bac pour rejoindre le restaurant, elle se met au bord et regarde cette magnifique bâtisse et ne peut s’empêcher de penser qu’elle fait très chalet américain. Jiji a l’impression de se rendre à une soirée étudiante. Elle se frotte les mains à l’idée de récupérer toutes les coordonnées des cartes bancaires.

En général, elle veille à ne pas rester plus d’une semaine au même endroit et une fois partie, elle duplique les cartes, mais pas cette fois. Cette deuxième erreur est sur le point de lui être fatale.

Elle entre dans le chalet, prend une seconde pour apprécier la chaleur l’enivrer, et aperçoit son acolyte au bar. Ce petit imbécile lui revient bien, trop bien. Elle s’installe au bar se demandant encore pour quelle raison il voulait la voir. Leur petite entreprise est si bien rodée, il scanne les cartes. Il se retrouve le lundi à quatorze heures au bout du chemin pavé, il lui remet le scanner rempli de la semaine, elle lui donne une liasse de billets et un nouveau scanner. Aucune raison de se rendre sur le lieu du délit.

— Sois gentil, sers-moi un Irish Coffee.

Il s’exécute.

— ¨Pourquoi n’étais-tu pas au rendez-vous ?

— Il y a encore des clients, c’est pour ça que je t’ai demandé de venir.

Elle l’écoute à peine, elle sirote son Irish.

L’endroit lui plait. Il lui tend un doggy bag. Au moment où elle prend le paquet, les deux clients se lèvent et se dirigent droit sur Jiji.

— Police !

Elle se retourne, met un coup de poing dans la glotte du premier policier en civil et se met à courir.

— Elle est sérieuse ? dit le deuxième agent.

— Rattrape-la !

Jiji prend de l’avance, mais le bac pour traverser est de l’autre côté. Il vient de ramener à l’autre rive les derniers clients. Elle aperçoit une barque, jette son sac en carton dedans et grimpe non sans mal dans l’embarcation. Elle commence à ramer. Elle vient de quitter la berge et n’en peut déjà plus.

— Putain ! C’est dur !

— Police ! Vous êtes en état d’arrestation ! Revenez ici !

Elle s’écroule au fond de la barque.

— Venez me chercher !



Chapitre 3

A l’abri de l’agitation de Bruxelles, un manoir trône majestueux et paisible entouré d’arbres centenaires. Un cadre idyllique à l’entrée de la ville mais à l’écart des badauds pour accueillir les plus belles œuvres d’art et les richissimes collectionneurs. L’Hôtel des Ventes Bloemen n’existe que depuis vingt ans mais il n’a pas à pâlir de sa prestigieuse réputation forgée au fil du temps.

Maître Raphaël Bloemen, commissaire-priseur, a travaillé dur pour construire la réputation de son hôtel. N’hésitant pas à mettre sa vie de famille au second plan jusqu’à la perdre. Parti de rien, il s’est construit un empire et génère chaque année plusieurs millions d’euros.

En ce lundi matin, la salle des ventes est pleine. Les futurs acquéreurs attendent non sans une certaine impatience la dernière enchère.

— Et maintenant, mesdames et messieurs, le dernier lot de cette vente. La célèbre statuette intitulée Foxy de l’artiste contemporaine Silvia Bertelli.

Un brouhaha retenti dans la pièce lorsque l’œuvre apparait. Silvia Bertelli est l’une des artistes les plus en vogue du moment. La dernière de ses créations est partie pour près de trois millions d’euros. Connue pour ses tableaux mettant en scène des animaux, le renard étant son préféré. Ses créations sont reconnaissables au premier coup d’œil grâce à son style léger et enfantin.

Raphaël Bloemen s’apprête à lancer l’enchère lorsque Thomas Ducamp, son bras droit, lui coupe l’herbe sous le pied. Il plonge sur l’estrade et vole la vedette au commissaire-priseur qui ne peut que le regarder médusé, le regard assassin.

— La mise à prix est de dix mille euros.

Si l’artiste est célèbre et ses peintures hors de prix, la statuette de marbre représentant un renard en forme d’origami est loin de bénéficier de la même valeur. Tout se joue maintenant tant pour Foxy que pour la personne qui animera la vente.

Tout de suite, le premier collectionneur s’écrie preneur. Les yeux de Thomas Ducamp brille déjà. Le trentenaire aussi beau qu’ambitieux reprend pour continuer à faire monter les enchères. Il attise l’engouement général et les enchères s’envolent.

— Deux cent mille !

— Deux cent cinquante mille !

Prit dans l’euphorie et sur le devant de la scène, il est dans son élément. Il jubile, profite de chaque seconde. C’est son moment de gloire.

— Avons-nous des enchères au téléphone ? demande Thomas à la secrétaire.

Elle lui fait signe de la tête avant d’annoncer un montant exorbitant.

— Cinq cent mille euros.

Thomas n’en croit pas ses yeux. Sa carrière va prendre une autre tournure. Il ne voit pas qu’à quelques mètres de lui, Raphaël Bloemen est furieux.

— Cinq cent mille euros au téléphone, qui dit mieux ?

Lorsque la vente se termine, les acquéreurs et les moins chanceux quittent la salle des ventes sous l’œil attentif du commissaire-priseur. Thomas s’approche.

— Quelle vente ! On a fait fort !

— Le marché se porte mieux depuis quelques années et le charme du lieu fait le reste.

Ce n’est pas la réponse que le jeune loup espérait.

— Tu permets ? ajoute Raphaël. Nous reparlerons de ton ambition mal placée plus tard.

Thomas reste là tandis que Raphaël Bloemen s’éclipse avec joie pour saluer un collectionneur fidèle de l’Hôtel.



Chapitre 4

A l’arrière du manoir, une Maserati noire se gare. Le chauffeur ouvre la porte à un homme au téléphone. Basile Franchi est un touche-à-tout mais sa spécialité est d’échapper à toutes les accusations. Il brasse des millions et blanchit son argent aussi facilement qu’il le gagne, ce qui lui donne un petit air espiègle et enjoué. Il a ce don particulier de transformer tout ce qu’il touche en or et il est respecté pour cela dans son milieu. Un cigare à la main, un regard malicieux, l’homme lève les yeux vers la fenêtre et lance un sourire à son observateur. Le second passager le rejoint.

— Je dois m’en occuper ?

— Laisse-le. On n’est pas là pour ça.

— Comme tu veux, mais tu sais ce que j’en pense.

Robert Cabane est son bras droit. Officiellement son conseiller, officieusement celui qui règle les problèmes. Le sang chaud mais un homme réfléchit. Trapu, les cheveux plaqués en arrière, le visage très expressif. On a du mal à distinguer qui est le patron des deux de par leur charisme.

— On s’en occupera en temps voulu ! ajoute Basile.



Chapitre 5

Ces derniers mois ont été compliqués pour le juge Rossignol. Il a fait jouer de ses relations pour aider sa fille. Cela fait désordre une fille incarcérée pour tentative de meurtre. Surtout lorsque tous les médias s’en mêlent, mais Hervé Rossignol est un dur à cuir, un vieux de la vieille et certains journaux l’ont soupçonné de faire partie de la franc-maçonnerie. Il a préféré ne pas commenter, mais il ne peut nier que beaucoup de personnes de son entourage en est.

Aujourd’hui est un jour spécial pour lui, il compte bien redorer son blason et ce, grâce à ses meilleurs ennemis, les médias.

Il gravit les marches du palais de justice avec son assistant et les journalistes se ruent sur eux. Ils sont avalés par une marée de sangsues assoiffées de scoop.

En haut des marches, il s’arrête, son assistant en retrait, pour faire une déclaration fracassante.

— Nous avons travaillé conjointement avec les services de police et je peux vous annoncer la création d’une nouvelle unité. De nos jours, les prisons croulent de prisonniers, vous avez d’ailleurs alerté l’opinion public des conditions déplorables et inhumaines d’incarcération qui coutent cher à la société. Nous sommes en train de mettre cette unité sur pied et elle aura pour but de faire collaborer des policiers avec des détenus ne présentant pas de danger pour la société qui purgeront leur peine en liberté mais rendant service à la société en mettant leurs compétences aux services de la collectivité.

— Monsieur le juge, quel genre de criminel seront sélectionnés ?

— Très bonne question. Tout simplement, des détenus qui auront des compétences en piratage informatique ou encore des connaissances de hautes qualités telles que des faussaires.

— Vous mettez cela en place pour faire sortie votre fille ?

— Ma fille n’entre pas dans cette catégorie.

L’interview continue dix longues minutes mais Hervé Rossignol a séduit. Faire économiser de l’argent à la population, diminuer le nombre de détenus incarcérés et lié un détenu à un policier, il marque des points.

— Maintenant, si vous le permettez, j’ai du travail.

Il se retire laissant la horde de journalistes avec leurs questions.

— Vous avez fait sensation ! lui dit son assistant.

— Il me faut trouver l’équipe idéale tant du côté des policiers que du côté des détenus.

— Le commissaire divisionnaire comptait le faire.

— Il n’est pas question de lui laisser carte blanche !



Chapitre 6

Meurtre au Touquet, dans la peau d’un flic !

Il y a quelques mois, Pauline Rossignol, la fille du juge Rossignol, a été arrêté pour une double tentative de meurtre ayant mené à la mort d’une des deux victimes, celui d’une richissime héritière française.

Incarcérée en Belgique en attendant son jugement, elle a écrit un livre malgré les réticences de ses avocats, la jeune femme a tout de même tenu à le publier. Il sort, aujourd’hui, en librairie. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il met la police belge et son père dans l’embarra.

Elle dresse le portrait d’un homme rigide et insensible, mais le plus inquiétant dans son récit est qu’elle déclare avoir mené une enquête sur un meurtre qu’elle a tenté de commettre avec une commissaire belge.

D’après nos recherches, la policière a été sanctionné pour excès de zèle de l’autre côté de la frontière.

Ce livre va faire beaucoup de bruit autour de lui et risque de déclencher des catastrophes en cascade. Un conseil ? Lisez-le au plus vite.

Alice Chassepierre froisse son journal. Quel torchon !



Chapitre 7

« Vous êtes mutés, bande de rigolos ! » Cette phrase résonne encore dans la tête d’Alice Chassepierre. Le retour du Touquet fut rude. Une demande de divorce. Une mutation entrainant son coéquipier avec elle dans sa chute. Cela aurait pu être supportable si elle avait pu faire mentir le dicton « jamais deux sans trois ». Cela ne fut pas le cas. Ce qui l’acheva : être rétrogradée au rang d’inspectrice pour une durée indéterminée. Il s’agissait d’une porte de sortie, une voie de garage. Démissionner ou résister ? Alice n’a pas hésité une seule seconde. Elle comptait bien récupérer son grade de commissaire, peu importe si elle devait recommencer tout à zéro.

— Mutés dans quel commissariat ? se risqua-t-elle.

— C’est tout ce qui t’intéresse ? s’emporta l’inspecteur Gaouh.

Il a toujours été sanguin, mais de là à s’énerver devant le commissaire divisionnaire, il aggravait leur cas.

— Il semblerait que le juge Rossignol vous ait dans le collimateur et il a le bras long ! reprit le commissaire divisionnaire. Il veut votre tête, surtout la tienne Alice. Tu sais que ton père était mon mentor, mais je n’ai rien pu faire. Vous allez dans une unité spéciale à Schaerbeek. Ne faites plus de vague, restez dans les rangs, faites votre boulot et si tout se passe bien, vous pourrez revenir d’ici un an ou deux, le temps de vous faire oublier.

Elle risqua un regard vers l’inspecteur Gaouh. Il serrait les poings si fort que ses mains pâlirent. Passer de la belle et riche commune d’Uccle à celle de Schaerbeek n’allait pas lui déplaire, il a toujours apprécié l’adrénaline. Ce serait probablement plus folichon, plus de bang-bang et de course-poursuite. En revanche, le trajet à faire chaque matin était de loin une punition. Gaouh ignora le regard en coin d’Alice.

— Quel genre d’unité spéciale exactement ? demanda Gaouh.

Pour toutes réponses, il leur tendit le document de leurs nouvelles affectations. Cela n’annonçait rien de bon.



Chapitre 8

Dans sa chambre d’hôtel, un verre de vin à la main, Alice Chassepierre est en piteuse état. Depuis qu’elle a dû quitter la maison de son futur ex-mari, elle passe ses soirées à boire. Demain matin, elle a rendez-vous chez psychiatre. C’est lui qui décidera si oui ou non, elle est apte à continuer à travailler dans la police. Sur cette pensée, elle reprend une gorgée et s’écroule sur son lit dans un semi-coma.



Chapitre 9

Il n’y a rien de pire que de devoir se confier sur ses maux les plus intimes à un inconnu contre son gré et qui en plus jugera si vous êtes capable de faire votre boulot. Alice se tient face au Docteur Elsa Simonis, silencieuse.

— Comment allez-vous, Alice ?

— Bien.

Elle gribouille sur son carnet. Le silence est pesant pour Alice. Elle se demande laquelle d’elles deux craquera la première.

— Vous n’êtes pas obligée de me parler si vous ne le souhaitez pas et ce qui sera dit ici restera strictement confidentiel.

— Mais vous allez juger si je suis apte à reprendre le travail ou pas.

— Eh bien, je ne suis pas ici pour vous juger…

— Non, c’est la procédure. Je le sais bien. Que voulez-vous savoir, qu’on en finisse ?

— Que voulez-vous me dire ?

— Je n’ai rien à dire.

La psychiatre écrit à nouveau sur ses feuilles.

— Si vous ne me parlez pas, c’est votre choix mais nous serons obligés de nous revoir car je ne peux pas remettre un rapport positif.

— J’ai tout perdu.

Alice regarde sa psychiatre comme si elle venait de lui confier ses plus lourds secrets. Malheureusement, Le docteur Simonis ne dit rien et attend la suite. Elle pause son stylo sur son carnet et se cale au fond de son fauteuil.

— Mon mariage a coulé, ma fille ne me parle plus, ma carrière est anéantie. Je dors à l’hôtel. Vous n’écrivez rien ?

— J’ai l’impression que cela vous bloque, mais ce qui compte, c’est de parler et non mes notes. Comment vous sentez-vous ?

— J’ai connu pire. Je vais pouvoir reprendre le travail ?

Elsa Simonis ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie par cette femme forte et à la fois, à terre. Cette façon qu’elle a de ne rien laisser transparaitre de sa douleur reste néanmoins inquiétant. C’est une bombe qui peut exploser à tout moment. Et en même temps, cela semble vital pour son bien-être psychique. C’est un cas très intéressant. Est-ce que j’ai de la sympathie pour elle ou pour mon travail de psy ?

— Je vous sens fragile, vous vivez des choses difficiles à tous les niveaux de votre vie. Cela étant dit, je pense que travailler pourrait vous faire du bien.

— Je le pense aussi.

— Cela étant dit, je vais requérir un suivi avec moi.

[1]Personnage fictif de la série Desperate Housewives. [2]Bateau à moteur [3]Poumon vert de Bruxelles, il abrite également des restaurants, boites de nuit, etc. [4]Restaurant bruxellois situé sur une île dans le bois de la Cambre.




3530 mots / 50.000 mots

Ce n'est pas une franche réussite mais je suis très fière d'avoir renoué avec l'écriture. N'oubliez pas de me donner votre avis en commentaire.



Pour lire les chapitres suivants : Chapitre 10 de "La mort a le blues"



Pour lire "Commissaire Chassepierre : Meurtre au Touquet" :

Pauline Rossignol est une jeune bruxelloise névrosée, elle se cache derrière le personnage qu'elle s'est créé: devenir un écrivain. Elle s'en sert pour ne pas prendre de risque jusqu'à ce que son psychiatre, agacé par les mensonges de la jeune femme, ne la mette à l'épreuve de se dégoter une muse.


Pauline jette son dévolu sur la commissaire Alice Chassepierre qui ne veut rien entendre. Son couple va mal et ils ont décidé de passer une semaine au Touquet dans un luxueux hôtel.C'était sans compter qu'à leur arrivée, le corps de la richissime Dona Claudia soit retrouvé sans vie dans la piscine.


Un mensonge en entraînant un autre, Pauline n'ayant pas manqué de suivre la commissaire jusqu'en France, se retrouve à mener l'enquête à titre de consultante puisqu'elle est prise pour une célèbre écrivaine de romans policiers.


Comment une femme armée au bord du divorce va se contenir pour ne pas assassiner elle-même une névrosée agaçante? Et qu'est-il arrivé à Dona Claudia ?


#commissairechassepierre #comediepoliciere #polarpoilant #feelgood

40628716_326982821370997_148181134830731
12-12-18-3812.png

​©2020 par Marine Mouzelard tous droits réservés.

Bruxelles, Belgique

66438109_2359456784381569_85518217394100
40628817_1068226576689861_20867176776020
40613219_281530865905951_840039060712141
80549242_578649842959653_556091152642605